La saison du bleu

Le bleu est une drôle de couleur. Ou plutôt, comme toute couleur, il porte en lui une pluralité de sens, parfois contradictoires.

Au travail!

Quand j’étais petit, je regardais les hommes partir au travail. Ceux qui exerçaient un métier manuel portaient leur bleu de travail. Cet habit leur allait bien. Il leur donnait un air conquérant. Avec eux, le monde humain semblait avoir raison de tout.

Cette couleur sert aussi à désigner à l’école ou au travail le débutant, le nouveau qui débarque et dont on se joue gentillement de sa naïveté ou de son inexpérience. Le bleu amuse.

Le bleu comme horizon

Mais le monde des hommes n’est pas tout l’univers. Quand l’homme cesse de s’affairer, il perçoit au-delà de lui un monde infini. Ce monde comme horizon a aussi la couleur du bleu par la mer ou le ciel qui le caractérise. C’est pourquoi je vois en cette couleur l’ouverture à la rêverie. Le bleu ouvre l’homme à une toute autre dimension.

Peut-être vient de là le côté apaisant de cette couleur. En ouvrant l’homme à un ailleurs, qui n’est pas que géographique mais aussi imaginaire, ce monde autre peut prendre la forme de l’utopie. Nous sommes alors transportés dans un lieu où tout est bien, dans un lieu idéal où tout n’est que bonheur. Dans un tel lieu, l’homme est apaisé. Aucune force mauvaise ne le traverse. L’âme est sereine et le corps détendu.

Le temps des vacances

Quand on passe de belles vacances, le bleu est un incontournable. La belle mer des Maldives, le bleu des îles grecques, le bleu de la plage, le bleu du ciel traversé par le jaune brillant du soleil chaud. Le temps s’écoule doucement. En vacances, on expérimente l’éternité. Le bleu a quelque chose de divin. Il est sûrement la couleur de l’éternité.

Ce temps-là nous est indispensable. On a d’autant plus besoin de vacances que l’on vit tout le reste de l’année dans le rythme de l’activité voire de l’hyperactivité. Le formateur n’échappe pas à cette règle. Un de mes amis me racontait avoir assister à une formation sur la gestion du temps où le formateur regardait sa montre. Il lui fallait respecter le timing.

Et puis après…

Après les vacances, il y a le retour au travail. Si on ne veut pas devenir schizophrénique, il faut savoir emporter avec soi un peu du bleu de nos vacances. Ce bleu sera notre respiration. Il appartient à chacun de lui donner la forme et le contenu qu’il souhaite.

Et là, le formateur peut connaître son heure de gloire. Quand on part en formation, c’est un peu comme si on partait en vacances. La routine stressante du travail s’arrête pour quelques heures. On respire autrement. J’ai toujours vécu mes moments de formation comme des moments da vacances, c’est-à-dire comme des moments d’enrichissement et de ressourcement.

Pour toutes ces raisons, je vous souhaite, formatrices et formateurs un bel été. Et revenez vers les personnes que vous formerez avec des rayons de soleil dans les yeux. Le bleu devrait décidément être votre couleur.

Jean-Eudes Arnoux, Consultant en philosophie
www.philoconsultant.ch

Parution
Agora n°16
Catégorie
Métier
Rubrique
À penser
Auteur
Jean-Eudes Arnoux