Impact économique de la formation professionnelle en Suisse

La Suisse se particularise par un système éducatif et une offre de formation de haute qualité. Les offres de la formation professionnelle duale, de la formation professionnelle continue et celles des hautes écoles jouent un rôle incontesté dans notre positionnement parmi les leaders de l’économie mondiale.

Le nouvel indice du KOF (centre de recherches conjoncturelles de l’EPF Zürich) de décembre 2016 mesure les forces et les faiblesses des systèmes de formation professionnelle de 20 pays sur la base de onze processus établissant la force des liens entre les acteurs du marché de l’emploi et ceux de la formation professionnelle. Selon cet indice, la Suisse dépasse nettement la moyenne dans la plupart des critères. Elle précède le Danemark et surpasse l’Allemagne qui possède également un système de formation dual complet.

Néanmoins la mesure directe de l’impact économique de la formation professionnelle à l’échelon international n’est pas aisée en raison de la variation du PIB de pays de niveaux différents et de résultats difficilement exploitables. C’est pourquoi la plupart des approches restent majoritairement empiriques. Un des angles pour évaluer l’impact de la formation professionnelle est la capacité d’innovation d’un pays ou d’une entreprise qui suppose une forte dynamique de l’ensemble de la formation professionnelle en lien avec la recherche et le développement.

Si l’on postule qu’un pays a de toute façon besoin d’une population bien formée et qualifiée pour générer de la croissance économique, il en résulte qu’un niveau de formation élevé permet d’accéder à des innovations technologiques. Faut-il encore que le capital humain disponible soit en mesure de les exploiter pour dégager des avantages concurrentiels déterminants. C’est d’ailleurs dans ce secteur que se situent les plus grandes progressions salariales.

Il est aussi évident que, sans dynamique de la formation, la compétitivité baisse jusqu’à atteindre l’obsolescence. D’où la nécessité pour les collaborateurs d’actualiser en permanence leurs connaissances et de développer leur employabilité pour répondre à la demande croissante des entreprises en matière de compétences liées aux nouvelles technologies. C’est un des enjeux de la formation professionnelle continue, qui contribue à l’employabilité des collaborateurs et à la croissance économique par le développement de la productivité et l’accompagnement de l’innovation.

A cet égard les entreprises Suisses se caractérisent par un fort investissement dans la formation professionnelle continue alors que, paradoxalement, la moitié d’entre elles n’en mesurent pas totalement l’efficacité. A l’échelle de l’entreprise, des avancées significatives sont pourtant mises en œuvre avec succès pour mesurer le ROI de la formation continue en termes de rendement organisationnel, opérationnel et financier – voir à cet égard la passionnante thèse du docteur Yves Chochard «les variables influençant le rendement des formations».

Enfin, l’accélération des processus d’innovation basés sur le savoir et les changements de culture qui les accompagnent, amène à s’interroger sur les effets de complémentarité entre la formation professionnelle et les caractéristiques spécifiques aux entreprises comme les modalités du travail en équipe, l’adaptation aux changements, les modèles décentralisés d’organisation du travail qui influencent l’impact de la formation sur la productivité. Une piste de recherche à creuser.

Patrick Debray, Chargé de la communication et des relations publiques Arfor
patrick.debray@arfor.ch

Parution
Agora n°15
Catégorie
Métier
Rubrique
Dossier spécial formation professionnelle
Auteur
Patrick Debray