Frédy Bovet, formateur et membre de l’Arfor depuis 1990

C’est une figure reconnue dans le monde de la formation. Pour autant, il assure ne jamais oublier d’où il vient. Et pour cause: fils d’un petit paysan-vigneron vaudois, il vient de la terre. Une terre dont il a tiré deux leçons. La première est qu’avant de récolter il faut semer. La seconde, que la récolte dépendra toujours de l’environnement. Un bon sens pratique qu’il accommode à merveille à sa finesse d’analyse. Portrait.

«Nourrie par des situations étonnantes», c’est ainsi qu’il résume sa vie professionnelle. Et il raconte cette fois où il a accompagné une formatrice dans son cursus de certification FSEA1 en assistant à la séquence pratique: un cours de français dispensé à quatre apprenants forts appliqués… des détenus du quartier hautement sécurisé d’un établissement pénitentiaire. Des situations singulières, il en a vécues, lors de ses audits de formateurs: le sous-sol d’un bar, une infirmière à l’hôpital, un metteur en scène, une prof de danses orientales… Avec comme constat que les principes de formation sont applicables dans tous les contextes, par la mise en place d’un dispositif didactique adapté. «D’abord, je m’imprègne de l’endroit où je vais. Je sais ensuite qu’on peut faire progresser les gens à partir du moment où on reconnaît leurs ressources et leurs questionnements. Plus que focaliser sur leurs déficits, l’important est de partir de là où ils sont, pour les amener vers la réussite.»

L’artisanat de la formation

Plutôt que formateur, il se définit comme un artisan de la formation. Car on ne peut jamais reproduire à l’identique un déroulement, explique-t-il, on le réélabore à chaque fois avec le groupe. «Je n’ai pas la prétention de détenir une expertise ou un savoir. Je n’enseigne pas une matière, mais l’apprentissage de cette matière. Mon rôle est de mettre les participants dans des situations propices pour s’approprier les compétences utiles pour eux.» Les participants qu’il considère comme des compagnons. «On est tous sur un même bateau, avec des rôles différents et on travaille sur l’expérience, le vécu, les projets, les motivations. Le contenu est presque secondaire.» L’essentiel selon lui, c’est bien la relation, ou comment le formateur permet aux participants de développer des stratégies afin de renforcer leurs compétences. «Le savoir se construit. Mon rôle est d’accompagner le groupe dans cette construction.»

Transmettre

C’est pendant son parcours de cadre en entreprise dans les années 1980-1990 qu’il découvre l’importance de la formation et du développement professionnel des collaborateurs. De là aussi son envie de restituerce qu’il a reçu pendant sa carrière professionnelle. Il le transmet en particulier aux plus jeunes en devenant chargé de cours auprès d’apprentis.

Aujourd’hui, c’est aux formateurs et enseignants professionnels qu’il pourrait transmettre son approche «terrain», tant les démarches d’intervision et d’analyse de pratique sont rares. «Les participants comme les formateurs sont toujours friands d’outils et de concepts alors que, dans la vie professionnelle, on est continuellement en face de problèmes pour lesquels une approche réflexive serait plus judicieuse.» Lui préfère partir de la situation professionnelle singulière auquel chaque participant est confronté, prendre du recul, voir les interactions, faire des hypothèses, plutôt que pallier par des outils.

Accueillir et persévérer

Dans ce métier, mieux vaut être optimiste et tolérer la frustration, assure-t-il, d’autant que le chemin est parfois escarpé. «Le formateur a souvent des attentes d’être admiré, respecté, bien évalué. Or se détacher de ces attentes est le meilleur moyen d’aider les autres à avancer.» Car le progrès oblige à sortir de ses zones de confort et suscite parfois les résistances. Il faut alors être patient, avoir confiance dans les personnes et accueillir avec bienveillance les réactions de chacun. «Je suis un Rousseauiste qui souhaite accueillir chacun… y compris le rouspéteur, car derrière se cache un besoin – certes exprimé maladroitement – de comprendre le sens et l’utilité de ce qu’on fait.» Son réconfort, il le tient de sa capacité à retirer quelque chose de tout ce qui se présente, même dans les situations les plus difficiles. Sûrement le secret de sa longévité dans le métier. Lui qui, après 25 ans dans la formation, garde l’enthousiasme de ses premières années.

1975 – 1980: Collaborateur dans un service commercial
1980 – 1990: Responsable logistique d’un centre de distribution
1990 – 1995: Formateur en entreprise et responsable de formation
1995 – 2007: Formateur-animateur indépendant, maître d’enseignementprofessionnel, mentor dès 2006
2002 – 2005: Chargé de cours à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne – approche du monde professionnel
2007 – 2015: Directeur adjoint au Centre professionnel du Nord vaudois d’Yverdon-les-Bains
Depuis 2016: Reprise de ses activités de formateur-animateur indépendant

Propos recueillis par Isabelle Inzerilli

Parution
Agora n°16
Catégorie
Cahier
Rubrique
Entre nous
Auteur
La rédaction