La formation à l’ère numérique

Contrairement aux années précédentes, les individus adoptent les nouvelles technologies avant les organisations. Le monde change vite, tellement vite que les organisations classiques peinent à s’y adapter. Quel est l’impact dans l’enseignement? Comment la formation, qui prépare les individus à relever des défis dans leur vie professionnelle et personnelle, peut-elle le faire face à ces changements?
 
N’ayant pas de formation d’enseignant, ni de connaissances pédagogiques, je ne cherche pas à donner des recettes, mais plutôt à partager mes pensées, issues de ma pratique professionnelle. Ma société est active dans la conception d’expériences de consommation plus désirables et je suis régulièrement amené à proposer des conférences, des workshops et des formations occasionnelles. Voici donc quelques-unes de mes réflexions relatives à l’enseignement dans ce monde en mutation.
 
Encourager à imiter les exemples récents
 
Depuis notre plus tendre enfance, nous apprenons par imitation, mais que se passe-t-il quand l’imitation devient une erreur? J’ai le plaisir de donner des cours inter-entreprises aux employés de commerce et je suis affligé par la faiblesse des présentations de la plupart des élèves: des PowerPoint remplis de listes à puces et de textes qu’ils utilisent comme un prompteur. Et lorsque je leur propose de faire autrement, ils me répondent… «Mais, on m’a dit de faire comme ça»… ou «j’ai toujours vu ça»… Les «anciens» leur présentent la manière dont ils pratiquent depuis les débuts de PowerPoint. Pire encore, certains experts jugent leurs présentations sur ces mêmes critères.
 
Ma première réflexion relative à l’enseignement rejoint ce qu’a dit Albert Einstein: «Il ne faut pas avoir peur, ni de l’autorité, ni des anciens.» Face à ces changements très rapides, l’enseignement gagnerait à encourager la créativité et à demander aux apprenants de s’inspirer de ce qui les motive, ce qui les intéresse, comme par exemple les jeux, les vidéos qu’ils trouvent sur le web, plutôt que d’imiter les «anciens» et leurs manières de faire, issues d’une autre époque.
 
Développer la curiosité et l’adaptation
 
On parle souvent de la génération Y, les «natifs du numérique», comme ceux par qui tous les changements vont s’opérer. En fait, j’observe qu’il ne s’agit pas vraiment d’une question d’âge. Certains s’adaptent plus ou moins à l’évolution numérique et adoptent les nouvelles technologies, peu importe leur âge. A contrario, ceux qui n’y adhèrent pas, la critiquent et mettent en garde les nouvelles générations de cette évolution. En fait, que l’on apprécie ou non ces changements, ils sont là et on ne peut pas aller contre. Je pense donc que le rôle des enseignants est d’encourager à l’adaptation, aussi rapide soit-elle et de ne surtout pas freiner les nouvelles générations. De la même façon, dans l’histoire, au début de l’imprimerie, on a brûlé des livres, car leur contenu était jugé «dangereux». Ne faisons pas la même erreur avec les outils numériques. Il ne s’agit que d’un support au message. On peut guider les jeunes à l’utilisation de ces outils, pour cela, il ne faut pas les rejeter, au contraire, s’y intéresser et les adopter.
 
Proposer de l’enseignement «expérimental» et encourager le droit à l’erreur
 
Les changements extrêmement rapides qui s’opèrent empêchent les formateurs d’acquérir l’expérience dans ces nouveaux domaines. Il est donc difficile d’enseigner des connaissances que l’on n’a pas eu le temps d’intégrer. Les «start-up numériques» adoptent des nouvelles méthodes. Au lieu de développer durant des mois des produits «parfaits» qui, une fois commercialisés, ne sont pratiquement plus modifiés, comme le font les structures traditionnelles, ces entreprises testent leurs idées très rapidement et directement sur le marché. Elles les améliorent ensuite en apprenant vite des erreurs qu’elles constatent. L’enseignement devrait s’en inspirer, tester des nouvelles façons d’enseigner et inclure les participants dans l’expérience.
 
A l’heure où toute la connaissance est accessible dans la paume de sa main, le formateur n’est plus porteur du savoir, mais guide les participants dans la découverte et encourage la curiosité. L’enseignement pourrait préparer les travailleurs du futur à s’adapter plus vite en s’inspirant des méthodes des «start-up numériques», qui sont les entreprises les mieux adaptées à l’évolution actuelle.
 
L’avenir n’appartient plus à ceux qui se lèvent tôt
 
Si les robots sont amenés à remplacer les individus dans les tâches répétitives et analytiques, les individus doivent apporter de la valeur dans leur travail. Il est donc important de les préparer à réfléchir par eux-mêmes. Il ne s’agit plus, uniquement, de transmettre la connaissance, mais d’inspirer la curiosité, la réflexion personnelle, l’intuition et l’action. L’avenir appartient à ceux qui apporteront de la valeur à l’information qu’ils recueillent.
 

 
Stéphane Fellay, fondateur d’Experientiel Sàrl
welcome@experientiel.ch

Parution
Agora n°12
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Auteur
Stéphane Fellay