Le droit à l’erreur de l’apprenti

L’apprentissage dual fait aujourd’hui l’objet d’une très grande attention: des délégations étrangères en provenance de tous les continents se succèdent pour connaître les possibilités d’adaptation d’un tel système dans leur pays. Pourquoi un tel succès?

«Ah ces jeunes! ils ne font rien de leur journée…» On entend bien souvent ces phrases peu réjouissantes. Et si on changeait de regard?

Il y a onze ans, je décidais de me lancer dans la formation. Pas n’importe laquelle. La formation professionnelle spécialisée, plus précisément dans une institution qui forme les jeunes en difficulté et en ateliers.

Dans ce milieu, il faut savoir constamment innover, trouver des ressources qui permettent aux jeunes de continuer à se motiver chaque jour un peu plus. Mais comment motiver un jeune qui n’a pas forcément envie d’être là? Moi, je propose de permettre l’erreur et surtout de l’encourager.

Dans le cadre de ma formation de formatrice à la pratique professionnelle, lors d’un travail sur l’évaluation, j’ai pu mettre en lumière un point crucial: les raisons pour lesquelles les jeunes détestent retourner sur les bancs d’école. Parmi ces raisons: on les a mis en permanence dans une dynamique du«tu fais faux, t’es nul, tu n’as pas appris et je te mets des croix rouges partout.» Le stylo rouge parlons-en. Encore aujourd’hui les professeurs à l’école primaire ne prennent même plus la peine d’écrire des remarques positives d’une autre couleur que le rouge.

Les jeunes se retrouvent en début d’apprentissage avec la même peur, la peur de retrouver leur copie couverte de croix punitives une fois de plus. Dans mon travail, j’ai pu montrer qu’avec un autre système de correction, on peut faire passer les choses différemment et avec le même résultat au bout. Le principe: montrer qu’il y a une erreur, mais en encouragent l’élève à faire mieux. J’ai aussi trouvé une autre solution pour que l’apprenti n’ait plus peur de venir montrer ses notes.

Un jour un de mes apprentis arrive avec une note de 2 en ECG. A ce moment-là, je le félicite grandement. Il me répond avec des yeux étonnés: «Mais ça ne va pas, Madame, vous êtes folle de me féliciter!» Je lui réponds simplement qu’il a eu 2 et que c’est toujours mieux que 1. Qu’il est temps de reprendre la matière, qu’il faut revoir point par point tout ce qu’il n’a pas compris et poser des objectifs pour que la prochaine fois, cela ne se reproduise plus. La fois d’après, cela s’est beaucoup mieux passé: il a eu 4. Les fois suivantes aussi, jusqu’au jour où il n’a obtenu que des 5. Cette anecdote pour montrer qu’en formation on peut autoriser les fautes dans le but de faire progresser les jeunes. On se rappellera bien plus facilement d’une chose qui n’a pas fonctionné et dont on nous aura expliqué les raisons de ne pas la refaire.

Bien entendu, créer un environnement permettant l’erreur ne signifie pas tout tolérer, mais favoriser une culture d’apprentissage de ses erreurs, afin d’en sortir grandi. Au final, encourager la faute, c’est encourager l’apprentissage. Et cela, qu’on soit adolescent ou adulte.

Marilyn Pillonel, Formatrice BFFA coordinatrice en insertion professionnelle
marilyn.pillonel@gmail.com

Parution
Agora n°15
Catégorie
Métier
Rubrique
Dossier spécial formation professionnelle
Auteur
Marilyn Pillonel