Vous avez dit « Salon » ?

Date importante après la fin des vacances d’été : le Salon RH qui se tiendra à Genève au début du mois d’octobre. C’est un moment important pour vous, professionnels en matière de formation.

Je me suis rendu dans un passé récent à ce salon, l’esprit curieux et amusé. C’était un beau moment qui a suscité quelques sujets de réflexion. J’y ai rencontré des personnes qui cherchaient à vendre leurs services et leurs compétences, d’autres qui cherchaient de nouvelles approches répondant mieux à leurs besoins. Bref, c’était un moment d’échanges. Mais, désigner ces moments de rencontres par le mot « Salon » m’a toujours surpris.

Sur les traces du passé

Pour moi, le salon – avant même le nom donné à une pièce de la maison – renvoie à l’invention des salons au 17ème. C’était un lieu où l’on devait briller par l’esprit, un club fermé réservé à une élite et animé par une femme, maîtresse de salon.

Quand j’étais enfant, mon père m’amenait à la foire de Beaucroissant, foire agricole remontant au Moyen-Âge. J’y découvrais des paysans désireux de faire affaire. Certains, un peu maquignons, exagéraient un peu les qualités de leur bétail. Mais cela faisait partie du jeu social. Quand on devient marchand, il faut bien grossir un peu la qualité du produit. Et pour ce faire, le paysan se donnait lui-même une assurance qui lui octroyait une aura de crédibilité.

Comme vous pouvez le deviner, dans nos salons actuels, salon automobile, salon des arts ménagers, salon RH, on n’y trouve ni vaches, ni cochons, ni machines agricoles. Mais dans l’esprit des rencontres qui y règne, dans le jeu social de discussion-persuasion, l’esprit paysan et maquignon demeure. Le complet-cravate a eu beau remplacer la blouse du paysan, les hommes se donnent là encore naturellement de l’assurance pour mieux convaincre les auditeurs de la qualité du produit ou du service à vendre.

La belle affaire !

Loin de moi l’idée de mépriser une telle démarche. Elle fait partie du jeu social. Et je trouve amusant que sous des costumes différents, la même logique se perpétue. J’aime la foire dans sa tradition populaire. Je pense même que nous devrions nous montrer moins citadins. La désignation de « salon » pour de tels moments de rencontres me semble être la revanche de l’homme de la ville sur l’homme de la campagne et cache une continuité que nous devrions observer sans dissimulation.

Pour les paysans, la foire rompait la routine du quotidien. Ils s’y préparaient avec plaisir avant de s’y rendre. Sur place, ils vivaient ce moment dans une certaine effervescence. Ils y consolidaient aussi leurs réseaux. Et ils se séparaient en se promettant de se revoir lors de la prochaine foire.

Notre époque a inventé Internet. Mais, on a beau être hyperconnecté, ces moments de rencontres restent indispensables. Ils nourrissent ceux qui y ont participé.

Alors, allez au Salon RH en bon maquignon. Prenez bien du plaisir à discuter avec les uns, avec les autres. Promettez-vous de vous revoir à la prochaine occasion. Tout cela nourrira vos pratiques quotidiennes sans même en avoir toujours bien conscience.

Ainsi va le monde. Les époques changent. Mais quelque chose demeure. Et l’esprit maquignon fait partie de ce qui demeure, car sans lui, la société serait moins belle et moins humaine.

Jean-Eudes Arnoux, Consultant en philosophie
www.philoconsultant.ch

Parution
Agora n°17
Catégorie
Métier
Rubrique
À penser
Auteur
Jean-Eudes Arnoux