Vers des formations plus collaboratives

«La meilleure façon d’apprendre, c’est d’enseigner.» Cette affirmation de Jean-Charles Cailliez interpelle la Fédération suisse pour la formation continue (FSEA), notamment dans sa réflexion sur les compétences de base et l’illettrisme. En effet, nous avons la conviction que la montée en compétences des publics peu qualifiés passe par une nouvelle approche de la formation, plus collaborative, plus impliquante. La conférence de Jean-Charles Cailliez sur le thème de l’innovation organisée par le CEP nous a apporté certaines pistes éclairantes.

Inverser ou renverser?

Rappelons quelques principes sur les deux nouvelles formes d’inversion dans l’enseignement. La classe inversée, tout d’abord. Les étudiants travaillent eux-mêmes la théorie en dehors des horaires de cours, à la maison par exemple, et viennent en cours pour faire leurs devoirs (la pratique). Cette inversion permet de libérer du temps en cours pour construire du sens au contenu grâce à des échanges, des travaux de groupes, etc. Le rôle de l’enseignant consiste à répondre aux questions et à s’assurer que les étudiants se sont approprié les contenus.

La classe renversée va plus loin. Ce sont les étudiants qui préparent et font le cours dans son entier?: ils créent les chapitres et les supports de cours, gèrent et alimentent les plateformes collaboratives, créent les questions d’évaluation soumises à l’enseignant, etc. Les étudiants sont répartis en petits groupes de niveau hétérogène afin d’encourager le travail en équipe, l’apprentissage collectif, ainsi que le conflit socio-cognitif. L’enseignant a le rôle de ressource lors de problèmes de compréhension ou de conflits. La salle de cours se transforme en «start up» par des espaces modulaires stimulant le travail en équipe. Chaque équipe a une tâche bien précise avec tous les moyens et outils à sa disposition: les murs servent de support pour schématiser, problématiser; les PC/tablettes/téléphones sont autorisés.

Capitaliser les réussites et surfer sur les échecs

Le professeur pose un cadre de respect et de valeurs dès le début du processus pour éviter tout débordement. Notamment, le recours à une auto-évaluation à 360° pour repérer les éventuels étudiants «profiteurs» (ceux profitant du travail des autres). Ces «unités de production» sont récompensées par un système de points, de sorte que chaque équipe (et chaque étudiant) possède un capital de points, pour des compétences aussi bien scolaires que professionnelles. Le but de ce système, explique Jean-Charles Cailliez, consiste à capitaliser les réussites et surfer sur les échecs. C’est-à-dire qu’à chaque problème, une solution est recherchée en commun. La méthode des tableaux tournants, par exemple, intervient lorsqu’un concept ou un élément du cours n’a pas été compris. Il s’agit d’installer 3 tableaux et une petite équipe d’étudiants par tableau (2 à 3 étudiants). Chaque groupe doit schématiser/décrire/dessiner l’élément du cours posant problème pendant un temps limité (2 minutes). Puis chaque groupe arrête sa présentation et passe au prochain tableau en continuant le travail de l’équipe précédente pendant 2 minutes. Et ainsi de suite jusqu’au 3e tableau, de sorte que chaque équipe a travaillé sur 3 tableaux différents.

Le public d’étudiants décide de la meilleure explication, du meilleur schéma et en restitue le sens. Ce dispositif implique une relation de confiance avec l’enseignant. Celui-ci devient un collègue-ressource.

La FSEA à l’écoute des innovations pédagogiques

La FSEA accrédite des institutions de formation pour le système modulaire FFA (Formation de formateurs d’adultes) et parallèlement, elle œuvre dans certains projets sur les compétences de base et l’illettrisme. Les questions d’innovation, qu’elles touchent le domaine politique, social ou la formation, intéressent au plus haut point la FSEA, notamment pour atteindre les publics faiblement qualifiés. La méthode collaborative et inclusive pratiquée par Jean-Charles Cailliez montre son potentiel dans le domaine de la formation d’adultes, notamment parce qu’elle redonne aux participants leur pouvoir d’agir.

Anne-Laure Dirren, formatrice d’adultes intervenant dans le système modulaire FFA, confirme l’intérêt de cette approche où les participants deviennent acteurs de leur formation, favorisant du même coup leur implication personnelle, leur motivation, mais également une appropriation plus intense des contenus. Dans la classe renversée, l’apprenant fait lui-même les découpages les plus adaptés à ses propres besoins. Qui plus est, le travail entre pairs va lui permettre de s’accorder plus aisément à sa propre zone proximale de développement (ZPD). C’est la confrontation au groupe et le contact avec des personnes plus expérimentées qui vont le faire progresser davantage. La dimension affective, conclut Anne-Laure Dirren, est prépondérante dans cette approche, puisque le cours devient le projet du participant.

Annika Ribordy, Assistante de projets FSEA
annika.ribordy@alice.ch

Parution
Agora n°13
Catégorie
Métier
Rubrique
Dossier spécial CEP
Auteur
Annika Ribordy