Une démarche marketing pour les métiers techniques

Marketing et technique, deux termes dont l’association fait parfois grincer des dents. Difficile en effet de mélanger liberté de choix, formation professionnelle et «racolage» marketing. Reste que la liberté de choix suppose de connaître les alternatives et les débouchés. Pour informer et revaloriser les métiers techniques, les cantons de l’Arc jurassien ont mis en place #bepog, un projet de politique régionale. Eclairages.

Selon une étude Swissmem effectuée en 2016, l’industrie va souffrir d’une pénurie de personnel compétent dans les métiers techniques dans les années à venir. Selon cette étude, ce sont 17’000 postes de travail annuels durant les cinq prochaines années qui ne trouveront pas chaussures à leurs pieds. Les raisons? Le secteur industriel diminue au profit des autres domaines. Les départs à la retraite ne sont pas compensés. Et surtout l’image de l’apprentissage et de l’industrie n’est pas positive.

Le CFC comme porte d’entrée

Le but du projet n’est pas de mettre les voies académiques et de l’apprentissage en opposition: les deux ont leurs avantages. Par contre, il est vital pour les PME industrielles de l’Arc jurassien (et de l’ensemble de la Suisse romande) que les représentations associées à l’apprentissage évoluent. Aujourd’hui le CFC ouvre toutes les portes et un jeune qui décide de faire un apprentissage peut très bien continuer à se former et devenir technicien ou ingénieur. Il peut également obtenir un brevet et un diplôme fédéral ou entrer à l’école polytechnique fédérale en utilisant les passerelles. La voie de l’apprentissage est une voie royale d’accès au monde professionnel et à la formation supérieure également.

Des stéréotypes chez les parents

Alors si votre fille ou votre fils rentre à la maison et déclare vouloir devenir micromécanicien-ne tout en étant en voie pré-gymnasiale (AAA selon les cantons), avant d’essayer de l’en dissuader (et ceci est également valable pour les enseignants de l’école obligatoire, avec mes excuses pour ceux qui n’agiraient pas ainsi), essayez de voir les avantages de cette voie de formation. Nos PME sont très largement dirigées par des responsables à tous les niveaux hiérarchiques ayant commencé leur carrière par un apprentissage.

Ouvert aux filles également

En matière d’apprentissages, sur l’Arc jurassien, la moitié des filles se répartissent dans quatre professions différentes, contre douze pour les garçons, selon le bureau de l’égalité. Bien souvent les métiers sont encore très sexués. Lors du dernier salon des métiers auquel #bepog a participé, un groupe de jeunes filles est passé très rapidement. Une heure plus tard, l’une d’entre elles est revenue pour se renseigner. Et elle nous a avoué qu’elle n’avait pas osé manifester son intérêt devant ses copines. C’est très frustrant de voir que faire un apprentissage technique peut être perçu si négativement.

Des formations adaptées au monde changeant

Si le monde industriel change rapidement avec la mise en place d’industrie 4.0, les métiers évoluent en permanence et de nombreuses opportunités voient le jour. Les formations techniques y jouent un rôle déterminant. Il s’agit de former les jeunes à une culture technique bien plus qu’à des méthodes, obsolètes par nature. Si la culture est bien en place, ils seront capables d’inventer l’industrie de demain et de donner à la Suisse les moyens de rester dans la course.

Le projet #bepog au chevet des métiers techniques

C’est sous l’égide d’arcjurassien.ch que FAJI SA, société d’utilité publique chargée de renforcer le tissu industriel régional, met en place les activités #bepog. Ces dernières offrent de très nombreuses possibilités et actions, comme des visites d’entreprises par des enseignants, la mise en place d’imprimantes 3D dans les écoles, la visite de FabLabs avec des élèves, la participation aux salons des métiers ou encore la mise à disposition de documents spécifiques pour les jeunes. Un catalogue d’action complet est disponible sur le site www.bepog.ch et de nombreuses communications pour les jeunes sont effectuées sur les différents réseaux sociaux.

Avec un CFC d’un métier technique, non seulement les jeunes ont un accès immédiat à des professions qui cherchent des spécialistes et sont prêts à en mettre le prix, mais toutes les portes leurs sont ouvertes. Notre système d’apprentissage est reconnu partout sur la planète et de nombreux pays essaient de s’en inspirer… valorisons-le!

 

Pierre-Yves Kohler, Directeur de FAJI SA, Formateur BFFA en marketing
pierre-yves.kohler@faji.ch, www.faji.ch

Parution
Agora n°15
Catégorie
Métier
Rubrique
Dossier spécial formation professionnelle
Auteur
Pierre-Yves Kohler